Biographies résumées

QUEL EST LE PATRIMOINE D’UN EMPLOYÉ MODÈLE ?

Par 4 décembre 2015 juin 21st, 2019 No Comments
PATRIMOINE D’UN SALARIÉ NON MARIÉ

En posant cette question différemment : si l’acquéreur d’un bien immobilier paie comptant, sans faire appel à une banque, est-il forcément un gangster ?

Pas du tout. Voici l’édifiante histoire d’un modeste employé d’une administration créée le 1er janvier 1938 et privatisée en plusieurs étapes (la dernière en janvier 2015).

Cet employé modèle habite au numéro 60, peut importe de quelle rue, peu importe de quel village. Il habite au numéro 60, nous n’avons pas besoin d’en savoir plus. (Il y a trois décennies, avant le changement de numérotation décidé par la mairie, la maison avait le numéro 8).

Quand il a commencé sa vie active il y a 37 ans, il habitait déjà chez sa mère, âgée de 51 ans. Il a cotisé pendant 150 trimestres. Maintenant il est retraité, il habite toujours chez sa mère, âgée de 88 ans, et prend certains de ses voisins pour des benêts.

Il a beaucoup de temps libre, se déguise en clochard, promène plusieurs fois par jour son chien au pelage noir dans les rues du village, et fait son compte-rendu quotidien à son agent traitant. (Sa sour est garde-champêtre et se déplace dans une luxueuse limousine de fonction, comme il sied à un garde-champêtre.)

Il n’a jamais été locataire, n’a jamais payé de loyer, pas même un petit loyer de ville de province. Encore moins un loyer de région parisienne, trois ou quatre fois plus élevé pour une superficie identique.

Il n’a pas eu besoin de s’endetter pour acheter une maison ou un appartement, ni en région parisienne ni en province, puisqu’il est occupant à titre gratuit dans la maison de sa mère.

Il est logé, nourri, blanchi. Sa mère paie la taxe foncière et la taxe d’habitation. Ainsi ont-ils vieilli ensemble pendant 37 ans.

Sa seule dépense est le versement de l’impôt sur le revenu. Le salaire versé par son employeur n’est que de l’argent de poche. Il n’a rien d’autre à faire que de laisser son salaire, c’est-à-dire son argent de poche, fructifier sur un compte en banque.

Il n’était ni directeur général, ni simple exécutant, mais gagnait deux fois le SMIC. Environ 2 000 euros par mois. Après déduction de l’impôt sur le revenu, sa seule dépense pendant 150 trimestres, il lui reste chaque mois 1 500 euros de revenu réellement disponible.

Soit pour douze mois : 12 x 1 500 = 18 000 euros d’argent de poche.

Soit pour 150 trimestres : 37,5 x 18 000 = 675 000 euros d’argent de poche.

De quoi acheter trois appartements à 200 000 euros chacun sans avoir besoin de faire un prêt bancaire.

C’était l’histoire édifiante d’un petit employé modèle, qui s’est enrichi grâce à l’écoulement du temps, sans détourner un centime chez son employeur, en vivotant dans la maison de sa mère. C’est aussi un thème de méditation pour les enquêteurs soupçonneux des parquets et des chambres d’instruction.

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