LES ARMES NON LÉTALES

En décembre 1999, a été publié dans la presse française un article intitulé « Hypocrisie des armes non létales ».

L’article est consacré aux recherches faites aux Etats-Unis et présente les activités du Pentagone, dont le budget, évalué à 260 milliards de dollars par an, avait alors été augmenté de 110 milliards de dollars sur six ans (soit 18 milliards de dollars par an).

Le souhait de pouvoir mener des « guerres propres », c’est-à-dire des guerres « avec zéro mort » est la motivation officielle des recherches financées grâce à cet argent, afin de mettre au point des armes non létales. Ces armes sont destinées à frapper d’incapacité des personnels ou du matériel, tout en limitant le nombre de morts et les blessures permanentes. Toutefois, selon cet article, il semblerait que ces armes puissent aussi être utilisées dans un contexte non militaire, lors de répressions de manifestations.

Selon cet article existaient déjà en 1999 (il y a treize ans) :

  • des « munitions à impact contondant » ;
  • des vaporisateurs d’agents chimiques ;
  • des grenades à percussion ;
  • des armes provoquant des chocs électriques ;
  • des systèmes « antitraction ultraglissants » ;
  • des « agents chimiques de contrôle d’émeute », capables de causer une douleur aiguë, ou de rendre temporairement aveugle, ou aussi de faire vomir ou étouffer, ou encore d’endormir ;
  • des lasers aveuglants (testés en Somalie) ou des systèmes à laser qui provoquent à distance des chocs électriques tétanisant ou paralysants ;
  • des barrières glissantes ;
  • des mines « Caltrops/Volcano », qui explosent lorsqu’une personne pénètre dans une zone interdite ;
  • des mines « liantes antipersonnels », qui peuvent enclore la victime dans un filet, avec en option l’ajout d’adhésifs, d’irritants ou d’électrochocs ;
  • des armes acoustiques, qui peuvent être réglées pour produire « un effet juste gênant », ou « un volume sonore de 170 décibels », ou « causer des ruptures d’organes ou créer des cavités dans les tissus humains » ;
  • des « armes à micro-ondes » ;
  • un pistolet dénommé « Vortex », qui émet des ondes de choc vers le corps humain.

Ces armes ont été présentées lors de conférences organisées à Londres en 1997 et 1998 par un groupe de travail dénommé « US Joint Non-Lethal Weapons ».

L’article précise que les militaires (américains) admettent que la doctrine des armes non létales ne consiste pas « à remplacer des armes mortelles par des armes moins meurtrières, mais bien à augmenter la puissance mortelle, à la fois en situation de guerre et dans des opérations autres que la guerre ».

Les « armes à micro-ondes », qui auraient été présentées sur une vidéo de démonstration, lors des conférences de 1997 et 1998, sont délibérément conçues, non seulement pour s’attaquer au corps d’une personne, mais aussi pour « désorienter ou déstabiliser son mental ». Les « armes à fréquence radio » peuvent « interférer avec les régulateurs biologiques de température du corps humain » et « agissent sur les connexions nerveuses du corps ou du cerveau ».

Plusieurs organisations non gouvernementales, qui ne sont pas citées dans l’article, se seraient opposées à l’usage des armes non létales. Le résultat (succès ou échec) de ces démarches n’est pas précisé.

En l’absence de description plus détaillées, certaines de ces armes non létales paraissent plus adaptées au contrôle des foules (lasers aveuglants, agents chimiques de contrôle d’émeute, armes acoustiques), d’autres plus appropriées pour toucher une personne isolée (mines « liantes antipersonnels, armes provoquant des chocs électriques, armes à micro-ondes).

L’article souligne que des armes non létales ont déjà été utilisées en Irlande (du Nord), où elles ont provoqué une augmentation de l’intensité du conflit.

Un article de presse plus récent (A) expose qu’une « (…) arme chimique non létale, à effet incapacitant, (…) aurait été employée le 23 décembre 2012 à Homs (…) dans le quartier d’Al-Bayyada ». Selon la description (« arme chimique non létale, à effet incapacitant »), cette arme est semblable à celles décrites dans l’article de décembre 1999 (« agents chimiques de contrôle d’émeute »).

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Supposant peut-être que la culture générale de tous les lecteurs est infinie, l’article de décembre 1999 ne donne aucune précision sur les « régulateurs biologiques de température du corps humain », mais il est connu depuis les travaux effectués dès 1940 par plusieurs chercheurs (Hetherington et Ranson ; Vernay ; Andersson ; Sawyer ; Stellar en 1954 ; Anand, Teitelbaum et Epstein en 1960 ; Anand et Brobeck ; etc.) que les fonctions neuro-végétatives fondamentales (parmi lesquelles la régulation de la température) sont assurés, chez de nombreuses espèces de mammifères, principalement par l’hypothalamus.

Les structures hypothalamiques interviennent dans les comportements neuro-végétatifs de base liés à l’homéostasie et à la conservation de l’espèce (régulation de la soif ; régulation de la faim ; régulation de la lactation ; régulation thermique ; régulation de l’éveil et du sommeil ; régulation de l’activité sexuelle ; régulation des réactions cardio-vasculaires associées au comportement d’agression, d’alarme, de défense).

En effet, l’hypothalamus est relié de façon privilégiée aux autres structures centrales qui sont impliquées dans le contrôle et la réalisation des comportements fondamentaux, et il reçoit des informations sensorielles qui jouent un rôle dans ces comportements et qui proviennent des centres olfactifs, des noyaux de relais gustatifs, des organes de la sensibilité profonde et (dans une moindre mesure) des voies visuelles.

L’article ne donne pas non plus de précisions sur les recherches effectuées par d’autres pays (par exemple : la France) dans le domaine des armes non létales. Des éléments concrets permettent pourtant de savoir que la France utilise ces armes, dans un but non militaire, depuis l’été 1997.

Il est probable que, treize ans plus tard, des « progrès » significatifs aient été réalisés dans ce domaine, et que les armes à fréquence radio soient encore plus efficaces.

Il convient de rappeler que ces recherches sont financées avec l’argent des contribuables : c’est avec leur argent que sont fabriquées les armes qui serviront un jour à les maltraiter et les tourmenter.

L’article insiste, très succinctement, sur l’usage non militaire de ces armes non létales, « dans des opérations autres que la guerre », autrement dit pour le maintien de l’ordre public, par exemple lors de répressions de manifestations. Ces armes non létales peuvent donc permettre de lutter efficacement contre les adeptes de la désobéissance civique.

Mais par leurs effets sur les régulateurs biologiques du corps humain, ces armes non létales permettent aussi d’infliger délibérément des désagréments (« armes à micro-ondes » conçues tout particulièrement pour « désorienter ou déstabiliser son mental »), ou des souffrances (armes acoustiques permettant de « causer des ruptures d’organes ou créer des cavités dans les tissus humains »), dans le but d’obtenir des aveux ou des rétractations. Ainsi, il devient possible de faire plier des citoyens qui contestent des abus de pouvoir commis par des magistrats véreux (spécialisés dans les jugements de complaisance et les comptabilités truquées) ou des policiers ripoux (spécialisés dans les cambriolages sans effraction et dans les gardes à vue de six mois).

La torture électromagnétique, pour donner une désignation à des tels agissements qui, en 1946, auraient relevé du tribunal de Nuremberg, présente l’avantage de ne pas laisser de traces. La victime ne peut pas se plaindre : la « déstabilisation du mental » permet, en cas de besoin, de poser des « diagnostics psychiatriques » grâce à des psychiatres complaisants. A la souffrance physique infligée aux cobayes humains s’ajoute l’humiliation et l’absence de recours.

Tous les personnes éprises de liberté et attachées aux droits fondamentaux, admettront, je le suppose, que la mise au point de telles armes, autrement dit d’appareillages conçus pour pratiquer la torture électromagnétique en toute impunité, est un petit pas pour les institutions gouvernementales, judiciaires et militaires, mais un immense progrès pour l’humanité, qui connaîtra enfin la prospérité et la paix (ou au moins la Sécurité et la Sûreté, au sens où l’entendent les admirateurs des états policiers).

Bibliographie :

  • Le Monde Diplomatique, décembre 1999 (page 17)
  • (renvoi A) Le Monde, 20-21 janvier 2013 (pages 1 et 6)

Sites web : (référence à venir)

mise à jour du 28/01/2013