Affaires criminelles célèbres

AFFAIRE FAREWELL

Par 19 décembre 2017 juin 21st, 2019 No Comments

Pendant la « guerre froide », les pays de l’Ouest étaient en conflit larvé avec les pays de l’Est, et l’espionnage industriel était une conséquence de la rivalité et de la tension qui existaient alors entre les pays capitalistes et les pays communistes.
À l’issue d’une enquête de plusieurs mois, provoquée par les révélations d’un agent des services de sécurité soviétiques, le gouvernement français a acquis la conviction que les services soviétiques ont espionné plusieurs entreprises françaises liées au lobby militaro-industriel. La France décide alors de frapper un grand coup.
Le 5 avril 1983, quarante-sept diplomates soviétiques sont expulsés de France.

La version de celui qui était alors directeur de la D.S.T. est la suivante. L’agent du K.G.B. qui fournit des informations aux services de sécurité français reçoit le nom de code « FAREWELL ». Cet agent, Vladimir Ippolitovitch VETROV, est francophile : il est attiré par l’ambiance des pays occidentaux, et surtout de la France, pays où il a été affecté pendant quelques temps et y a rencontré des interlocuteurs qui lui ont paru dignes de confiance. En 1980, VETROV propose ses services à la D.S.T. par l’intermédiaire d’un cadre de la société Thomson. Quand il revient ensuite dans son pays, il remet en quelques mois à son agent traitant français (l’attaché militaire adjoint auprès de l’ambassade de France à Moscou) environ trois mille documents volés précédemment à divers pays de l’O.T.A.N. par les services de sécurité de l’Union soviétique.
L’affaire « FAREWELL » cesse fin 1982, lorsque VETROV commet un homicide (à Moscou, dans le cadre de sa vie privée) : il est arrêté et condamné à quinze ans d’emprisonnement. Pendant sa détention, des enquêtes complémentaires révèlent à sa hiérarchie son activité au profit de la France : il est à nouveau jugé, mais pour trahison, puis condamné à mort et exécuté en janvier 1983.
L’expulsion des quarante-sept diplomates soviétiques a eu lieu trois mois après la mort de VETROV.

Bien sûr, l’État se montra peu loquace au sujet de cette affaire, qui ne fut pas divulguée. Le public resta dans l’ignorance (les mémoires du directeur de la D.S.T. ne furent publiées qu’en avril 2000, dix-sept ans après les faits).

Les temps ont bien changé : depuis septembre 2001, l’ennemi commun est l’extrémisme salafiste ; tous les pays affectés par les attentats coopèrent, officiellement ou officieusement, afin de lutter contre ce nouveau péril. Malgré les divergences et les méfaits du passé, les agents des pays de l’Est sont désormais les bienvenus : ils sont invités à résider dans les casernes des services de sécurité français, au 39 rue Médéric, au 21-23 rue Victor Hugo et au 58 rue Victor Hugo.
Peu importent les dégâts collatéraux, la fin justifie les moyens : si les nouvelles alliances stratégiques causent des préjudices à certains citoyens français, dans leur vie privée, familiale, professionnelle, alors tant pis pour eux ! On les réduit au silence par des représailles : procès truqués, garde à vue de six mois, torture électromagnétique.

Bibliographie :

  • Yves BONNET, mémoires d’un patron de la D.S.T., éd. Calmann-Lévy, avril 2000 (p. 44-45 et p. 57-98)
  • Sergueï KOSTINE, Bonjour Farewell, éd. Robert Laffont, juin 2014